23 juin 2018 | 7.78K vues | 2 commentaires

Baccalauréat : une étudiante forcée d’enlever son voile en plein examen

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La loi interdit bel et bien le voile dans les établissements scolaires, mais uniquement durant le temps scolaire, dans le cadre strict de l’école. Pas durant les examens et pourtant... Voici l’histoire touchante de cette jeune étudiante voilée voulant passer son Baccalauréat en candidat libre.

Les faits se sont produits le mardi 19 juin à 8h dans un lycée de Créteil durant l’épreuve du baccalauréat d’histoire-géographie.

Elle nous raconte :

Étant scolarisée au CNED et passant mon baccalauréat série S en candidat libre, je me suis rendue dans cet établissement vêtue d’un voile sur ma tête. Je m’étais au préalable renseignée sur l’autorisation du port d’un signe d’appartenance religieuse en tant que candidats libres (circulaire 2004-084 du 18 mai 2004). Bien entendu, je ne serai jamais rentrée avec mon voile s’il y avait une réelle interdiction et me serais soumise à la réglementation en vigueur.

Arrivée dans ma salle d’examen, salle D102, j’ai été observée avec insistance par les surveillants de salle qui par la suite ont fait appel à un monsieur (probablement le proviseur adjoint de cet établissement) qui est venu me voir alors que nous complétions les entêtes des copies.
Il m’a dit : « Madame, vous n’avez pas le droit de porter de couvre-chef dans un établissement public et laïc ». Je lui ai ensuite répondu : « Étant candidate scolarisée au CNED et passant mon bac en candidat libre je ne suis pas concernée par cette interdiction, vous pouvez vérifier dans les textes de loi" ».
Il m’a répété sa demande avec insistance et mépris devant toute la salle en présence des autres candidats ainsi que devant les surveillants des couloirs. Je me suis sentie fortement humiliée et rabaissée.
Ne voulant pas causer de problèmes, j’ai accepté malgré moi. Il m’a demandé de sortir de la salle et de me rendre aux toilettes pour retirer mon « couvre-chef ». Je fus accompagnée par un surveillant.
Je suis ensuite retournée dans la salle sans couvre-chef et là, j’ai pu ressentir le choc de toute la classe. Je n’ai jamais ressentie une telle humiliation, une telle gêne, j’ai hésité à prendre mes affaires et quitter le centre d’examen ; sachant l’importance du baccalauréat je suis tout de même restée, les larmes aux yeux essayant tant bien que mal de me calmer et de me concentrer sur mon épreuve ce qu’il fut très difficile avec le stress déjà engendré avant l’épreuve puis avec celui rajouté par cette demande abusive qui porte atteinte à mes droits et à ma dignité.

J’ai ensuite subi les allées et venues des différents surveillants venant voir « l’élève qui a enlevé son voile ». Je me suis sentie comme un animal au zoo que tout le monde venait regarder ou une bête de foire...Ce fut une réelle difficulté à traverser.
D’autant plus qu’après les deux premières heures d’épreuve, ce même monsieur qui m’a auparavant demandé de retirer mon voile est revenu pour me dire que je pouvais finalement porter mon voile et que je pouvais aller aux toilettes le remettre après m’avoir humiliée et forcée à l’enlever. Alors que j’avais réussi à diminuer cet énorme stress et à me concentrer tant bien que mal sur mon épreuve, sa deuxième intervention n’a fait que remonter mes angoisses et m’humilier davantage (me demander de l’enlever puis m’autoriser à la remettre en pleine épreuve, 2h après son commencement). J’ai donc pu comprendre qu’il avait demandé l’enlèvement de mon voile sans se renseigner sur l’autorisation sur le port de celui-ci, il s’est donc acharné sur moi abusivement...

Ces événements n’étaient pas prévus et m’ont fortement portée préjudice : j’ai perdu énormément de temps et de mes capacités.
De par cette intervention, je n’ai pas disposé du temps légal et d’autre part, je n’étais plus en pleine capacité pour réussir mon épreuve.
Je n’avais qu’une seule envie celle de quitter la salle et ne jamais revenir devant ces personnes qui ont été témoins de mon humiliation. Ayant d’autres épreuves à venir dans ce même établissement, je peux dire aujourd’hui que j’ai la crainte d’y remettre les pieds. J’ai peur de revivre ce que j’ai vécu ce matin-là. Je ne me sens pas capable de faire face à nouveau à ces personnes qui ont été témoins de mon humiliation. Et s’ajoute le stress « normal » de passer le baccalauréat…

Les jours suivants ....d’autres épreuves ...

Mercredi 20 juin :
Alors que j’avais beaucoup d’appréhension pour mon épreuve d’anglais ayant à nouveau peur qu’un nouvel incident se passe, personne ne m’a fait de remarques particulières et ce monsieur que j’ai revu à nouveau ne m’a rien dit... cela a pu faire retomber mes peurs..

Jeudi 21 juin 2018 :
Je suis dans état d’esprit plutôt serein par rapport à l’incident du mardi 19 juin, vu que cela c’était bien passé la veille, donc je m’attendais à passer mon épreuve plus paisiblement comme pour la veille et je n’avais plus la boule au ventre...
J’arrive à 7h45, dans la même salle d’examen D102 du même lycée de Créteil pour l’épreuve du baccalauréat de physique chimie (série S) ; les surveillants de salles vérifient nos identités puis ramassent nos convocations, jusque-là aucun problème...
A 8h, le même monsieur (proviseur adjoint ?), entre dans la salle pour donner les sujets d’examen et il me fait signe en étant placé au bureau. Je suis assise à la dernière rangée de la salle d’examen. Ce monsieur me fait un signe pour me dire de retirer mon voile, je lui réponds " je ne comprends pas, vous m’aviez bien dit après coup que j’avais bien le droit de le garder la dernière fois", il me répond qu’il m’avait déjà prévenue que je devais le retirer et me demande de le retirer pour vérifier mon identité en pleine salle à haute voix devant tous les candidats (les vérifications d’identité avaient déjà été effectuées depuis 10 minutes par les professeurs surveillants de salle !)… Je ne comprenais pas car lui-même était venu me voir le 19 juin pour me dire que j’avais effectivement le droit de garder mon voile et que le jour d’avant cela n’avait posé aucun problème et il était pourtant aussi venu dans notre salle distribuer les copies la veille sans m’avoir rien demandé, là, il me répond que ma mère l’a appelé et qu’il lui avait expliqué que je devais l’enlever et que ma mère était d’accord, je lui répond que non ma mère ne l’a pas appelé et que c’est faux… à ce moment-là un des professeurs de salles, très gêné par la situation (tout comme l’ensemble de la salle) vient me voir à ma table et vérifie à nouveau mon identité sans pour autant que j’enlève mon voile en lui précisant qu’on me reconnaît bien même avec le voile, le professeur de salle me montrait beaucoup d’empathie par le regard et a essayé de me rassurer tant bien que mal en me disant de ne pas tracasser et de ne pas m’en faire et que je devais me concentrer sur mon épreuve.

Une fois de plus les regards étaient rivés sur moi j’ai été très perturbée et très gênée de la situation… j’ai pris cela comme un acharnement et le fait qu’il me dise que ma mère était au courant m’a encore plus choquée car c’est un mensonge (et après vérification, ma mère n’a jamais appelé !). Je ne m’attendais vraiment pas à ça, je pensais que ce jeudi allait se dérouler comme la veille, mais non et j’ai été énormément déstabilisée par les tournures des événements de ce jeudi qui pour moi m’ont davantage déconcentrée. Je tremblais de l’intérieur, j’avais mal au ventre, une boule dans la gorge que je n’arrivais pas à avaler, et je ressassais ses propos (ma mère qui aurait appelé, retirer le voile, me parler de l’autre bout de la salle…) C’était en boucle dans ma tête, impossible de me concentrer…Pourtant, le sujet n’était pas si difficile surtout avec 2 exercices de chimie que j’aurais pu faire en temps normal… au bout de 2 h dans cet état, je finis par quitter la salle, cela ne sert plus à rien…

À l’heure d’aujourd’hui je n’ai aucune envie de remettre les pieds dans cet établissement, je ne vois même plus l’intérêt de passer mon bac si c’est dans de telle condition, 2 épreuves sur 5 ont déjà été gâchées par ce monsieur et j’ai l’impression que c’est perdu d’avance... sans oublier le stress "normal" du baccalauréat.

Vendredi 22 :
Le rectorat ayant été saisi, cette personne n’est pas revenue dans la salle.

L’épreuve s’est déroulée sans problème et les surveillants ont été bienveillants.

profil de Rédaction Y.

Auteur : Rédaction Y.

Posté le : 23 juin 2018

Catégorie : Communauté

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Commentaire

Commentaires :

2

Avis

Nas user 0
Tim

27 juin 2018 à 14:47

0

Si cette histoire est vraie et je n’ai pas de doute, il serait important de porter plainte avec réparation de préjudices.

Nas user 0
Sam89

25 juin 2018 à 14:24

0

L’acharnement de cet homme a l’égard de cette jeune femme est inadmissible