Les drapeaux de l'Indonésie (à gauche) et d'Israël (à droite) affichés côte à côte

Indonésie : les exportations d’huile de palme vers Israël dénoncées

L’Indonésie continue d’exporter de l’huile de palme vers Israël, malgré son soutien officiel à la cause palestinienne. Cette situation suscite des critiques dans le pays, alors que la guerre à Gaza se poursuit.

Dans une tribune publiée le 28 octobre 2026 par Middle East Monitor, le chercheur Muhammad Zulfikar Rakhmat appelle Jakarta à mettre fin à ces échanges. Il estime que cette mesure serait cohérente avec la position diplomatique indonésienne en faveur des droits des Palestiniens.

Plus de 10 000 tonnes exportées en 2026

Les données du ministère indonésien de l’Agriculture et de l’agence nationale des statistiques (BPS) montrent que les échanges se poursuivent.

En 2023, l’Indonésie a exporté environ 29 600 tonnes de produits à base d’huile de palme vers Israël. Ce volume est descendu à 22 400 tonnes en 2024, puis à 19 500 tonnes en 2025.

Entre janvier et août 2026, les exportations ont atteint environ 10 400 tonnes. Durant la même période, l’Indonésie a également expédié près de 4 900 tonnes de produits à base de noix de coco.

La valeur cumulée de ces deux catégories de produits s’élevait à environ 20,8 millions de dollars sur les huit premiers mois de 2026.

Ces chiffres montrent que les échanges ont diminué depuis 2023. Toutefois, ils n’ont pas cessé.

L’Indonésie, un fournisseur important pour Israël

L’huile de palme représente une exportation majeure pour l’économie indonésienne. Elle entre notamment dans la fabrication d’huiles alimentaires, de savons et de produits transformés.

Une étude menée par deux économistes de l’université Widyatama, à Bandung, souligne l’importance de ce commerce pour Israël.

Entre 2020 et 2025, l’Indonésie aurait fourni en moyenne 71 % de l’huile de palme brute importée par Israël. Cette part aurait atteint des niveaux plus élevés certaines années, selon les données citées dans la tribune.

À l’inverse, Israël représente une part très limitée des exportations indonésiennes. Selon cette même étude, le marché israélien absorbait moins de 0,12 % des exportations indonésiennes d’huile de palme brute.

Pour Muhammad Zulfikar Rakhmat, cette différence rend possible une suspension des ventes sans conséquences majeures pour les exportateurs indonésiens.

Des échanges malgré l’absence de relations diplomatiques

L’Indonésie ne reconnaît pas officiellement Israël et n’entretient pas de relations diplomatiques avec le pays. Jakarta affirme soutenir les droits des Palestiniens et leur aspiration à disposer de leur propre État.

Pourtant, l’absence de relations diplomatiques n’empêche pas les échanges commerciaux.

L’auteur souligne notamment que les règles indonésiennes sur les exportations ne traitent pas spécifiquement Israël comme une destination distincte. Les taxes, les prélèvements et les restrictions commerciales s’appliquent selon les règles générales.

Cette situation crée, selon lui, un décalage entre la position politique du gouvernement et sa politique commerciale.

Les entreprises appelées à clarifier leurs ventes

Plusieurs grands groupes indonésiens du secteur de l’huile de palme ont été cités sur les réseaux sociaux dans le cadre de cette polémique. Parmi eux figurent Wilmar, Sinar Mas, Musim Mas et Royal Golden Eagle.

Cependant, la tribune précise qu’aucun document d’expédition présenté ne permet d’établir avec certitude quelle entreprise a vendu les produits destinés à Israël.

L’auteur demande donc aux entreprises de rendre leurs circuits commerciaux plus transparents. Il estime qu’elles devraient publier les destinations finales de leurs ventes, y compris lorsque les marchandises passent par des intermédiaires.

Cette transparence permettrait, selon lui, de mieux comprendre les échanges et de vérifier l’origine des produits importés.

Des appels au boycott et à l’arrêt des exportations

La question suscite également des réactions parmi les organisations indonésiennes favorables à la Palestine.

Le Conseil indonésien des oulémas (MUI) a appelé le gouvernement à interrompre les échanges commerciaux avec Israël. Le mouvement BDS Indonesia demande, pour sa part, l’arrêt des exportations d’huile de palme vers le pays.

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a également appelé les Indonésiens à renforcer le boycott d’Israël lors d’une visite à Jakarta, selon la tribune.

Ces appels s’inscrivent dans une mobilisation plus large visant à exercer une pression économique sur Israël en raison de la situation dans les territoires palestiniens.

La Malaisie a déjà adopté des restrictions

L’auteur cite également l’exemple de la Malaisie, qui a pris des mesures contre les navires israéliens en décembre 2023.

Le pays a interdit leur accès à ses ports et a également empêché les navires à destination d’Israël d’y charger des marchandises.

Muhammad Zulfikar Rakhmat estime que l’Indonésie pourrait adopter des mesures similaires. Il critique notamment le maintien de l’accès aux ports indonésiens pour la compagnie maritime israélienne ZIM.

Cette comparaison nourrit son appel à une politique commerciale plus restrictive envers Israël.

Quatre mesures proposées par l’auteur

Dans sa tribune, Muhammad Zulfikar Rakhmat propose plusieurs mesures pour mettre fin aux exportations concernées.

Il demande d’abord au ministère indonésien du Commerce d’interdire les exportations d’huile de palme, de noix de coco et de leurs produits dérivés vers Israël.

Il souhaite ensuite que les exportateurs déclarent la destination finale de leurs marchandises. Cette obligation permettrait, selon lui, de limiter les contournements éventuels par des intermédiaires ou des plateformes commerciales situées dans d’autres pays.

L’auteur appelle également les grands groupes du secteur à publier les destinations de leurs ventes. Enfin, il recommande au Parlement indonésien d’organiser une audition publique et de demander à l’agence nationale des statistiques de publier régulièrement les données sur ces échanges.

Il s’agit de propositions formulées par l’auteur. À ce stade, la tribune ne signale pas l’adoption de telles mesures par le gouvernement indonésien.

Gaza au centre du débat commercial

Pour justifier son appel, Muhammad Zulfikar Rakhmat évoque aussi les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies publiée en septembre 2025. Celle-ci a conclu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza, une conclusion rejetée par Israël.

L’auteur estime que les pays soutenant les droits des Palestiniens doivent également examiner leurs relations économiques avec Israël.

Il rappelle notamment que l’Indonésie affirme s’opposer au colonialisme dans sa Constitution de 1945. Selon lui, la poursuite de ces exportations est difficile à concilier avec cet engagement.

La tribune défend donc une position claire : l’Indonésie devrait utiliser son poids commercial pour exercer une pression sur Israël.

Pour l’heure, les exportations d’huile de palme se poursuivent. Le débat porte désormais sur la cohérence entre la diplomatie indonésienne, ses échanges commerciaux et son soutien affiché aux Palestiniens.

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