« Islam des lumières » : Mohamed Bajrafil abandonne son poste d’imam après 20 ans d’exercice

On ne verra plus Mohamed Bajrafil, 42 ans – dont vingt et un ans passés à servir comme imam dans des mosquées d’Ile-de-France – prêcher le vendredi à la mosquée d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), où il officiait depuis quatorze ans, indique Le Monde.

Sa décision a été prise vendredi 20 novembre, du fait de la récente annonce de la création d’un Conseil national des imams (CNI) par le Conseil français du culte musulman (CFCM), comme le rapporte Bladi « Ce sera sans moi ! » a rejeté, plein d’amertume, le théologien musulman qui y voit un grand « mépris » à l’égard de tous les imams évoluant en dehors des fédérations membres de l’instance représentative du culte musulman.

Mohamed Bajrafil a annoncé par écrit sa décision à quelques amis, vendredi 20 novembre. « J’ai eu ma dose. Depuis, c’est comme si je renaissais », témoigne-t-il. 

« Qui est-ce qui va me labelliser ? Des guignols ? C’est non ! » […] Mais à qui confie-t-on les rênes d’un conseil des imams ? À des représentants de l’islam consulaire ! », poursuit, très remonté, le quadragénaire formé depuis l’âge de six ans aux sciences islamiques, qui dit vouloir plutôt se concentrer sur des activités autres que l’imamat dont il ne tirait, par ailleurs, aucun salaire.

Mohamed Bajrafil dit en avoir assez d’être « insulté, moqué » tant par « les salafistes » que par « les islamophobes » et les identitaires. Après Daesh, « l’extrême droite a mis une cible sur mon dos ». « J’ai appris il y a un mois par ma sœur que chaque vendredi, ma famille (aux Comores) pleure et prie pour moi de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. On en est là ! », se désole Mohamed Bajrafil, auteur de l’ouvrage « Islam de France, l’an I ». « Certains pensent encore que c’est une blague. Je dis ici que non. », conclut-il.

Une « charte des valeurs républicaines »

Le président Emmanuel Macron a demandé au CFCM de rédiger en quinze jours, en lien avec le ministère de l’Intérieur, une « charte des valeurs républicaines » sur laquelle devront s’engager le CFCM et les neuf fédérations qui le composent. Il leur a donné rendez-vous dans une quinzaine de jours pour venir lui présenter cette charte, a indiqué l’Elysée, confirmant les informations du Figaro et du Parisien. Cette charte devra affirmer la reconnaissance des valeurs de la République, préciser que l’islam en France est une religion et pas un mouvement politique, et stipuler la fin de l’ingérence ou de l’affiliation à des Etats étrangers.

« Si certains ne signent pas cette charte, nous en tirerons les conséquences« , a averti le président, qui a « pris acte de leurs propositions ». Selon l’Elysée, parmi les neuf fédérations, représentatives d’une grande partie du culte musulman, trois n’ont « pas une vision républicaine », notamment le Milli Görüs, d’obédience turque, et les Musulmans de France, ex-UOIF affirme l’Elysée.

Les fédérations représentées « ont rappelé leur attachement à la France et estimé que c’était le moment historique », pour parvenir à ce but, selon l’Elysée. « Ma confiance vous oblige », leur a dit Emmanuel Macron, qui a de nouveau plaidé pour un « Islam des Lumières ».

« C’est une pression immense que nous allons exercer sur eux (les autorités musulmanes), nous n’avons pas le droit d’échouer », avait insisté Emmanuel Macron en présentant le 2 octobre le contour de la future loi contre le séparatisme, indissociable de l’épineux défi de la formation d’imams « à la française ». Le projet de loi doit être présenté en conseil des ministres le 9 décembre. 

Une sorte de conseil de l’ordre

Le conseil des imams, présenté comme une sorte de conseil de l’ordre sur le modèle de celui des avocats, pourra non seulement labelliser les imams et leur donner une carte officielle – actuellement aucun label n’est nécessaire et il est possible de s’auto-proclamer imam – mais aussi leur retirer l’agrément en cas de manquement à la charte et à un code d’éthique qu’il devra élaborer. 

Le président a donné au CFCM six mois pour mettre en oeuvre un référentiel de formation des imams. En fonction de leur rôle – imams dirigeant la prière, imams prêcheurs et imams conférenciers – il leur sera demandé différents niveaux de connaissance du français et de diplômes, allant jusqu’à des formations universitaires. Le Conseil devra faire rentrer les imams actuels dans ce modèle. 

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