
L’Allemagne a engagé un changement stratégique majeur dans sa politique de défense.
Depuis le début de l’année, les hommes âgés de 18 ans reçoivent un questionnaire obligatoire évaluant leur aptitude au service militaire, en application d’une loi adoptée fin 2025.
Le service reste volontaire pour l’instant. Mais le texte autorise le gouvernement à réintroduire la conscription si nécessaire, dans le cadre d’un objectif clairement affiché : construire l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe, une première depuis la Seconde Guerre mondiale.
Une montée en puissance assumée de la Bundeswehr
En novembre dernier, l’Allemagne comptait 184 000 militaires d’active. Un chiffre en hausse de 2 500 soldats depuis mai, lorsque le chancelier Friedrich Merz a déclaré devant le Bundestag que la Bundeswehr devait changer d’échelle.
Le gouvernement mise sur des contrats volontaires attractifs. Les recrues se voient proposer des engagements de 23 mois, assortis de salaires dépassant 2 600 euros bruts mensuels, ainsi que d’avantages sociaux étendus.
Berlin s’est engagé auprès de l’OTAN à porter ses effectifs à 260 000 soldats d’active d’ici 2035, tout en doublant le nombre de réservistes à 200 000. À terme, l’armée allemande pourrait se rapprocher des effectifs atteints à la fin de la Guerre froide.
La Russie et les États-Unis s’alarment
Ce renforcement militaire suscite des réactions à Moscou. L’ambassadeur russe en Allemagne a accusé Berlin de se préparer à une confrontation directe avec la Russie. Du point de vue allemand, la justification est inverse. Le refus de Moscou de se retirer d’Ukraine a renforcé le consensus politique en faveur d’un réarmement massif. En 2026, l’Allemagne prévoit de consacrer 108 milliards d’euros à sa défense, soit environ 2,5 % de son PIB. D’ici 2030, cette part pourrait atteindre 3,5 %.
L’évolution allemande ne s’explique pas uniquement par la guerre en Ukraine. Elle s’inscrit aussi dans une perte de confiance marquée envers les États-Unis. Selon plusieurs sondages, une large majorité d’Allemands doute désormais de la volonté de Washington de garantir durablement la sécurité européenne. Cette défiance s’est accentuée sous la présidence de Donald Trump, dont la stratégie de sécurité nationale a vivement critiqué les politiques européennes.
Dans ce contexte, une part croissante de l’opinion soutient l’idée d’un pilier militaire européen plus autonome, voire d’une dissuasion nucléaire européenne reposant sur la France et le Royaume-Uni.
Un projet ambitieux mais des défis persistants
L’objectif de Friedrich Merz n’est pas inédit. Son prédécesseur Olaf Scholz avait déjà promis une transformation de la Bundeswehr en 2022. Mais les retards administratifs, les contraintes industrielles et les réticences culturelles ont longtemps freiné les progrès.
La perception de l’armée en Allemagne, marquée par l’héritage historique du XXᵉ siècle, reste un facteur sensible.
Les mentalités évoluent néanmoins rapidement. La combinaison de la guerre en Ukraine, de l’incertitude stratégique américaine et d’un consensus politique élargi a profondément modifié le débat. Reste désormais une question centrale. L’Allemagne parviendra-t-elle à transformer ses ambitions politiques en capacités militaires effectives, dans un délai compatible avec les défis sécuritaires européens ?





























