À Washington, l’annonce de la « phase deux » du cessez-le-feu a été présentée comme un tournant. Dans la bande de Gaza, elle a surtout suscité des doutes. Lorsque l’émissaire américain Steve Witkoff a évoqué cette nouvelle étape, le terme a brièvement fait naître l’espoir. Une transition, une avancée, peut-êtremême le début d’un changement. Mais sur le terrain, cet espoir s’est rapidement heurté à une réalité inchangée.
Moins de 24 heures plus tard, la Maison Blanche a annoncé la création d’un « Conseil de la paix », chargé de superviser un comité technocratique censé gérer Gaza après la guerre. À sa tête, le Dr Ali Shaath, ancien responsable palestinien, présenté comme une figure de reconstruction et de stabilité. Sur le papier, le projet donne une impression de structure.
Tandis que dans les rues de Gaza, il paraît surtout très lointain.
Une fracture entre annonces et réalité
Beaucoup de Palestiniens peinent à comprendre comment un organe censé reconstruire Gaza peut inclure des personnalités perçues comme proches d’Israël, alors que la destruction est toujours omniprésente et que les responsabilités n’ont pas été établies.
Les immeubles restent en ruines, des quartiers entiers ont disparu et les familles pleurent encore leurs morts. Dans ce contexte, parler de gouvernance et de reconstruction semble déconnecté de la réalité des habitants de Gaza. Pour ceux qui ont tout perdu, il est difficile de faire confiance à un avenir pensé loin de leur douleur.
Une vie qui n’a pas changé
Sur le terrain, peu de choses ont réellement évolué. Les drones continuent de bourdonner. Les frappes israéliennes restent une menace constante. Les parents réfléchissent encore à l’endroit le moins dangereux pour faire dormir leurs enfants. Les travailleurs humanitaires tracent leurs itinéraires non pas selon les besoins, mais selon les routes où ils ont le plus de chances de survivre.
La « phase deux » existe dans les communiqués. Pas encore dans la vie quotidienne. Un cessez-le-feu se mesure au silence, à la possibilité de dormir sans sursauter, à l’absence de peur. C’est cela que les habitants attendent réellement.
Une confiance fragile
Après des mois de pertes et d’épuisement, le besoin de croire au progrès est réel. Les diplomates parlent de dynamique. Les gouvernements évoquent une avancée. Mais pour ceux qui vivent la guerre, l’essentiel reste simple : savoir que demain ne sera pas pire qu’aujourd’hui. Pour l’instant, cette certitude manque.
À force de décalage entre les mots et les faits, l’espoir devient fragile. On le garde, mais on n’ose plus s’y fier. Annoncer des progrès avant qu’ils ne soient perceptibles ne renforce pas la confiance. Il ne s’agit pas de rejeter la diplomatie mais de l’ancrer dans la réalité.
Si la « phase deux » doit avoir un sens, elle devra se traduire par moins de morts, des hôpitaux fonctionnels, des routes sûres, et des journées sans peur permanente. La paix commence dans ces moments ordinaires. Marcher sans se préparer à fuir et pouvoir dormir sans plan d’urgence. Tant que ces instants n’existent pas, la « phase deux » reste un symbole. Pour les habitants de Gaza, la paix ne commence pas avec une annonce.
Elle commence quand on peut passer la nuit en croyant que le cessez-le-feu tiendra jusqu’au matin.































