Dr Sultan Ahmed Al Jaber, ministre émirati de l’Industrie et des Technologies avancées.

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle se heurte à une limite très concrète. C’est simple, sans électricité: pas de puissance de calcul. Et sans puissance de calcul, pas d’IA à grande échelle.

C’est le message central porté cette semaine à Abu Dhabi par le Dr Sultan Ahmed Al Jaber, ministre émirati de l’Industrie et des Technologies avancées. Il a présenté cette idée lors de son discours d’inauguration à l’Abu Dhabi Sustainability Week (ADSW) 2026. Selon lui, la prochaine phase de la croissance mondiale ne sera pas seulement dictée par les algorithmes. Elle dépendra également  de la capacité des États à fournir une énergie abondante, fiable et durable.

Un changement d’ère

Pendant plus de deux siècles, la puissance industrielle a été le moteur du progrès économique. Aujourd’hui, la capacité de calcul, les données et l’intelligence artificielle redessinent les chaînes de valeur. Ils influencent des secteurs comme l’industrie lourde, la santé, l’aviation et la finance. Mais cette transition numérique repose sur une réalité souvent sous-estimée. La demande énergétique explose.

La consommation électrique des centres de données pourrait augmenter de plus de 500 % d’ici à 2040. Dans le même temps, les besoins énergétiques traditionnels continuent de croître. Cette croissance est soutenue par l’urbanisation, l’augmentation du trafic aérien et l’essor démographique mondial.

Une approche pragmatique de l’énergie

Face à cette équation, les Émirats arabes unis revendiquent une stratégie fondée sur le réalisme. Selon le Dr Al Jaber, plus de 70 % de l’énergie mondiale continuera de provenir des hydrocarbures dans les décennies à venir.

Loin d’y voir un frein, il y voit un levier. « Le monde a toujours besoin de molécules pour produire des électrons », a-t-il résumé. Il plaide pour une approche intégrée combinant hydrocarbures à plus faible intensité carbone, énergies renouvelables, nucléaire et nouvelles technologies.

Cette vision se traduit par des investissements massifs. Ceux-ci vont de vastes projets solaires et éoliens à des infrastructures nucléaires. Ils incluent aussi des solutions de captage et de stockage du carbone.

L’IA comme système d’exploitation industriel

Dans ce modèle, l’intelligence artificielle n’est plus un simple outil.
Elle devient une infrastructure. Les Émirats intègrent déjà l’IA au cœur de leurs actifs énergétiques et industriels. Cela optimise la production, améliore l’efficacité et accroît la résilience des systèmes à grande échelle. Pour Al Jaber, l’IA est désormais « le système d’exploitation de la société industrielle moderne ».

L’objectif est clair : produire plus d’énergie, avec moins d’émissions, tout en accompagnant la croissance des usages numériques.

Stabilité et gouvernance comme avantages compétitifs

Le discours émirati dépasse la seule question technologique. Il s’agit aussi de gouvernance. Face à un monde marqué par l’incertitude géopolitique et la volatilité énergétique, les Émirats misent sur la stabilité réglementaire. Ils recherchent aussi la visibilité à long terme et une prise de décision fondée sur les données plutôt que sur l’idéologie.

Cette approche vise à attirer les entreprises technologiques, les opérateurs de centres de données et les industriels de pointe. Pour eux, l’accès sécurisé à l’énergie devient un facteur stratégique décisif.

ADSW, vitrine d’une ambition globale

Inaugurée par le président Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, l’édition 2026 de l’ADSW réunit des dirigeants politiques, économiques et scientifiques. Ils viennent de plus de 170 pays.

Lancée en 2008, l’ADSW est devenue l’une des plus grandes plateformes mondiales dédiées au développement durable. Elle s’inscrit pleinement dans les objectifs stratégiques des Émirats. Ceux-ci incluent notamment la neutralité carbone à l’horizon 2050 et l’augmentation de la part des énergies renouvelables à 32 % d’ici 2030.

Se positionner au cœur de la croissance future

Le message adressé aux investisseurs et aux acteurs technologiques est sans ambiguïté.
L’avenir de l’IA dépendra de l’énergie, et l’énergie dépendra de choix politiques et industriels assumés.

Les Émirats arabes unis entendent se placer à cette intersection stratégique.
Entre ambition numérique et puissance énergétique, ils veulent devenir l’un des moteurs de la prochaine phase de la croissance mondiale.

« Si vous voulez façonner le futur », a conclu le Dr Al Jaber, « c’est ici que cela se passe ».

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