Un père Ouïghour réfugié en Australie craint pour sa femme et ses enfants pris au piège au Xinjiang

Mamutjan Abdurehim, un père Ouïghour de 42 ans, actuellement réfugié en Australie, n’a pas vu sa femme et ses jeunes enfants depuis près de cinq ans.

Il n’a jamais parlé publiquement de l’épreuve de sa famille auparavant, espérant que son silence pourrait lui permettre de se réunir en Australie avec sa femme Muherrem Ablet, sa fille de 10 ans Muhlise et son fils de 5 ans Hikmet. C’est la première fois que ce père Ouïghour s’exprime. Et ce, afin d’alerter l’opinion publique sur la situation alarmante des Ouïghours.

Mamutjan Abdurehim, seul et sans nouvelle de sa famille depuis des années, explique :

« C’est comme une torture psychologique. »

Et le père Ouïghour de poursuivre :

« Le noyau, la famille immédiate, est tout ce que vous avez. Sans eux, vous êtes comme une personne morte, vous êtes perdu. »

Il explique ensuite comment la famille a été séparée. Ils ont vécu tous les quatre en Malaisie pendant près de trois ans. Entre le début de 2013 et la fin de 2015, pendant que Mamutjan Abdurehim étudiait un doctorat à l’université. Mais sa femme a perdu son passeport et c’est alors que l’ambassade de Chine lui a délivré un document de voyage unique. L’obligeant ainsi à retourner à Xinjiang pour en demander un nouveau. Le mari explique :

« À l’époque, cela semblait être une procédure normale. »

C’est ainsi qu’en en décembre 2015 son épouse est retournée avec les enfants en Chine.

« Elle a pu obtenir un nouveau passeport relativement rapidement en 2016. Mais en raison de difficultés financières, elle n’a pas pu me rejoindre immédiatement en Malaisie. »

C’est alors qu’à distance, l’épouse explique la répression qu’elle commence à subir à Xinjiang. Elle explique notamment avoir été interrogée par les autorités locales pour port du hijab. Puis, en avril 2017, les parents de Mamutjan Abdurehim lui ont dit que sa femme avait été emmenée.

«Ma mère m’a dit de ne plus l’appeler parce que recevoir des appels était dangereux. À ce moment-là, en mai 2017, elle savait déjà que recevoir des appels de l’étranger pouvait être dangeureux.»

Le père Ouïghour craint pour la sécurité de sa femme

Craignant pour sa sécurité en Malaisie, qui avait été accusée d’avoir expulsé des Ouïghours dans le passé, le père Ouïghour s’est alors enfui en Australie.

Dès lors, il n’a obtenu des informations sur sa famille que par bribes.

Environ deux mois après sa détention, Mme Ablet a brièvement contacté son mari, lui disant qu’elle était chez elle pendant une journée, mais qu’elle serait de nouveau détenue. C’est le dernier message que le père Ouïghour a reçu de sa femme, en juin 2017.

« Ce fut deux années de stress, dans le noir. »

Mais au début de mai 2019, il est tombé sur une vidéo de son fils publiée sur le compte WeChat d’un parent. Pour rappel, la dernière fois que M. Abdurehim a vu son fils, il avait six mois. Maintenant, il avait presque quatre ans.

« J’ai pu entendre sa voix dans la vidéo. Je l’ai immédiatement téléchargé et regardé tellement de fois. »

Puis il a eu confirmation que son épouse avait été libérée. Mais une nouvelle fois, le soulagement a été de courte durée, le mari ayant reçu des messages par la suite très inquiétants. Le père Ouïghour a alors déclaré à l’ABC qu’il soupçonnait que sa femme avait été de nouveau arrêtée en 2019 et pourrait être détenue pendant cinq ans.

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